Le Président

 

PORTRAIT D’UN HOMME POLITIQUE

JOURNALISTE DE LONGUE DATE

MONSIEUR MAHDI IBRAHIM AHMED GOD

LE 7 FEVRIER 2004

 

 Note liminaire.

 

Ce portrait doit nous rappeler que les différentes méthodes sournoises et injustes ont pour seul objectif de briser et de casser la carrière des jeunes djiboutiens qui combattent dans le rang de l’Opposition, et qui refusent de collaborer avec un régime foncièrement dictatorial.

C’est le cas de Mahdi, jeune intellectuel qui a toujours œuvré pour la Paix dans notre pays, qui a constamment participé au juste combat contre l’injustice discriminatoire à l’encontre des populations des  régions du Nord et de l’Ouest de notre République, qui a courageusement dénoncé les différentes exactions, les différentes humiliations, les blocages des pièces d’identité qui marginalisent une partie de nos concitoyens considérés comme des populations apatrides dans leur propre pays.

Dans un pays comme le nôtre, où déjà un grand nombre de nos concitoyens s’exilent à l’étranger, il est difficile de supporter et de vivre sous un régime où les abus de pouvoir ne sont plus sanctionnés, où l’ouverture d’information judiciaire contre des juges « apparemment vénales » est automatiquement bloquée, où la Justice est sous la coupole d’une politique centralisée aux seuls intérêts d’un chef suprême. Franchement la situation sociale est dramatique pour un grand nombre du peuple djiboutien.

Mahdi en tant que membre fondateur de la Ligue Djiboutienne des Droits Humains, a à chaque fois démontré sa disponibilité tout en restant à l’écart de notre Organisation des Défenseurs des Droits de l’Homme.

Mahdi est très connu par les djiboutiens tout comme son père feu Ibrahim Ahmed God, qui était très respecté avant et après l’indépendance pour son sérieux dans son travail, pour son franc parler, et surtout pour ses engagements et ses actions pour les droits de ceux que des hommes politiques ont considéré comme des minorités, et par d’autres comme des allogènes.

Feu Ibrahim Ahmed God est décédé le 3 avril 1990 suite à un accident de circulation, qui demeure pratiquement incompréhensible.

HOMMAGE ET ENCOURAGEMENT

A

 MONSIEUR MAHDI IBRAHIM AHMED GOD

 COMBATTANT DE LA LIBERTE

ET DES DROITS HUMAINS

 

 

Nom: Mahdi Ibrahim Ahmed God

Date de naissance: 21 août 1957 à Djibouti

Profession : Commissaire aux comptes

Situation matrimoniale : Marié père de 5 (cinq) enfants

 

Les faits

 

Après ses études universitaires à Rennes, Mahdi Ibrahim a travaillé à la BCI-MR comme cadre. Il quitta son poste en mai 1991 pour se mettre à son compte et ouvre avec son épouse un Cabinet d’Audit Comptable et de Commissaire aux Comptes.

Déjà politisé, il se distingue dès le déclenchement de la guerre civile à Djibouti et fonde le 2 janvier 1992 avec d’autres jeunes intellectuels un mouvement politique dénommé Union des Démocrates Djiboutiens (UDD) dont le programme porte sur l’arrêt des hostilités et l’instauration d’une réelle démocratie.

Il fut pour la première fois arrêté par la police en mars 1992 lorsqu’il publia à titre de contribution patriotique à l’instauration de la paix et de la démocratie, un document de réflexion sur ce qui allait devenir la Constitution du pays en septembre de la même année.

Chargé des relations extérieures et du journal « Horizons », c’est à la suite de la Conférence de l’Opposition politique et armée, tenue sous l’égide du FRUD, qui créa le Front Uni de l’Opposition Djiboutienne (FUOD) à Paris en juin 1992, que quelques mois plus tard Mahdi Ibrahim Ahmed fut choisi au poste de Porte-parole, chargé des relations extérieures et Responsable du journal de l’Opposition unifiée « AL-Wahda ».

Secondant et proche collaborateur du feu Président Mohamed Ahmed Issa dit Cheiko ce jeune homme politique se distinguait par son sérieux et son travail surtout en cette période charnière où la guerre sévissait dans le pays. Il dénonçait par ses écrits réguliers les pratiques du régime et les méfaits de la guerre tant sur la population civile que sur l’état et les finances du pays.

Ses premiers ennuis avec le régime qui avaient commencé dès janvier 1992, où il connut de multiples arrestations, interrogatoires, détentions arbitraires et autres pressions et répressions, s’étaient davantage accentués.

En décembre 1992, suite à l’appel au boycott des élections législatives lancé par le FUOD en raison de la guerre et de l’organisation de ce scrutin le jour anniversaire du massacre de la population civile de la cité d’Arhiba le 18 décembre 1991 que Mahdi Ibrahim Ahmed fut arrêté et détenu arbitrairement pendant 3 jours.

Relâché, le régime prend d’assaut son domicile vers 5 h 30 du matin, au lendemain des consultations électorales prétextant que Mahdi Ibrahim Ahmed détiendrait un stock d’armes. Un représentant de l’Ambassade de France dépêché sur les lieux pour la protection de son épouse française et de ses enfants comme ses avocats étaient choqués par l’important dispositif militaire déployé pour une perquisition arbitraire qui se soldait par un non-lieu.

Quelques mois plus tard, outre les pratiques illégales utilisées à son encontre et à sa famille, Mahdi Ibrahim Ahmed est cette fois-ci victime d’un accident simulé avec deux véhicules de la garde présidentielle à la veille d’une importante manifestation pacifique commémorant le deuxième anniversaire de la tuerie d’Arhiba dont la journée avait été décrétée par le FUOD Journée Nationale des martyrs de la dictature. Cet attentat lui a heureusement causé des dégâts matériels importants sur sa voiture. Sa plainte avait été refusée par la justice.

En plus des coupures illégales d’électricité, d’eau, de téléphone, le régime s’attaquait désormais à son activité professionnelle. Des redressements fiscaux d’origine strictement politique commencent alors à saboter son travail.  Entraves administratives qui culminent avec la saisie, par le Trésor national, d’un véhicule neuf d’une valeur de plus de 2,4 millions FD, appartenant à son épouse. 

Les interpellations et les détentions préventives à son encontre se suivent, tandis que ses clients commencent à être menacés par le biais des services fiscaux de l’administration, qui leur déconseillent, plus fiscalement qu’amicalement, de confier leurs comptes au Cabinet Comptable privé qu’il gère avec sa femme.

La tenue de la seconde Conférence du FUOD à Addis-Abeba en janvier 1994 et les résolutions signées avec le FRUD ont été encore une fois une raison pour la dictature qui arrêta et emprisonna M. Mahdi Ibrahim A. God, le Président du FUOD Mohamed Ahmed Issa dit CHEIKO ainsi que deux autres membres du Comité de Direction pour « complot contre le régime ».   

Libéré trois mois et demi plus tard, il devait sacrifier une autre affaire familiale qu’il gérait pour la succession de son père, du fait d’un nouveau redressement fiscal impossible d’honorer.

Le régime, de la manière la plus illégale, allait par la suite user de tous les moyens illégaux pour non seulement terroriser la famille de l’opposant mais aussi procéder à son arrestation à répétition et à son emprisonnement à Gabode, pour diverses raisons relevant essentiellement de ses activités politiques dans le pays et de son engagement aux côtés des forces démocratiques. En effet, en juin 1996, le pouvoir en place ayant connu une scission en son sein, Mahdi Ibrahim Ahmed a encore subi l’acharnement du système qui, de la manière la plus illégale et sans mandat de perquisition, a violé son domicile et son bureau et procédé à la saisie de son matériel informatique et de ses archives. La raison qui a présidé à ce coup de force de la Force Nationale de Police, sur instructions directes de la Présidence de la République, n’était autre que la signature d’une charte avec la partie du parti unique RPP-GDR qui venait de grossir le rang de l’opposition.

Quelques jours de détention arbitraire suivirent. Chose qui ne décourageait pas cet homme épris de liberté et de justice.

Mahdi Ibrahim Ahmed recourt à un prêt bancaire pour remplacer ce premier lot de matériel. Seulement, la police politique débarquait chez lui dans l’après-midi du 20 octobre 1997 pour saisir tout son nouveau parc informatique et l’ensemble des archives et documents de son Cabinet  d’expertise comptable. Action qui mit fin à l’activité professionnelle de M. et Mme Mahdi Ibrahim A. God, ne pouvant plus travailler sans leur matériel financé en partie par des emprunts auprès des banques de la place, assortis de la caution hypothécaire du domicile de la succession de son père.

Le décès brutal de son Président Mohamed Ahmed Issa dit Cheiko le 26 novembre 1997, le met à la tête de la coordination de l’opposition djiboutienne. Dénonçant l’absence de paix dans le pays malgré la signature avec une partie dissidente du FRUD, le boycott des élections législatives de 1997 et l’intransigeance politique du FUOD face au vernis démocratique du régime entraîna l’arrestation et l’incarcération dans la sinistre prison de Gabode de Mahdi Ibrahim Ahmed pour délit d’opinion.

Un tel acharnement permanent sur ce jeune homme politique, est aussi sa nouvelle arrestation en 1998 et un autre séjour pour le même délit.

A trois mois de l’élection présidentielle d’avril 1999, Mahdi Ibrahim Ahmed déjà économiquement exsangues avec les multiples entraves de son travail retourne en prison au motif d’un énième redressement fiscal, alors qu’il avait déjà été mis manu militari en présence des plus hauts responsables de la police politique.  Il demeura inflexible face à toutes leurs menaces qui se fondaient sur une vision tribale des enjeux politiques de l’avenir djiboutien : ne combats pas avec telle communauté !  Rien n’y fit : lorsqu’un démocrate convaincu a choisi son camp, les vieilles méthodes tribalistes héritées de la période coloniale ne peuvent nullement entamer sa détermination.

Face à cet échec des techniques classiques, le régime a décidé depuis 2000, d’opportunément lancer les créanciers à sa poursuite, pour définitivement détruire son caractère et sa réputation. Le Cabinet chassé de ses clients n’est plus en mesure de rembourser les prêts et la banque dont une partie du capital social appartient à l’Etat vend le domicile de son père.

Car, le régime espère dans cette affaire que chacun aura oublié l’essentiel : avant son acharnement, le Cabinet Barron-God d’expertise comptable, par son sérieux et sa confidentialité, enregistrait un des chiffres d’affaires les plus importants de son secteur sur la place djiboutienne, comme elle a toujours honoré ses dettes financières.  Malgré cela, M. Mahdi a été condamné sans avoir été convoqué et à la demande du Ministre des Finances (l’actuel) à 18 mois de prison ferme, après que le Procureur ait délivré un réquisitoire d’incarcération.  Contre toute logique juridique, il a néanmoins été libéré au bout de deux semaines, sans qu’aucun justificatif ne lui ait été délivré.  S’il y en a encore qui n’ont pas compris qu’il s’agit d’une affaire strictement politique, c’est à désespérer des facultés humaines de discernement !

En avril 1999, bien évidemment, Mahdi Ibrahim Ahmed est dans l’Etat-Major du candidat de l’opposition M. Moussa Ahmed Idriss, spolié de sa victoire. A la sortie des élections, il anima le journal de l’opposition réunie au sein de l’ODU, en tant que Rédacteur en Chef du « Le Temps ».

En mai de la même année il est membre fondateur de notre Association la LDDH, mais a choisi de continuer son combat politique pour la paix et la démocratie dans le pays.

Cette paix interviendra le 7 février 2000, avec la signature à Paris de l’Accord-Cadre de paix et de concorde civile entre le Frud-Armé et le Gouvernement.

M. Mahdi Ibrahim Ahmed a toujours été d’une constance absolue dans ses activités politiques en faveur de la paix et de la justice à Djibouti. Il a comme nous le connaissons contribué énormément à la prise de conscience de la population sur la situation dramatique du pays, tenu par une poignée d’hommes avides et foncièrement dictatoriaux.

C’est naturellement allié politique du Frud-Armé que Mahdi Ibrahim Ahmed, troisième Président du FUOD et tout son Comité Exécutif rejoindront l’Alliance Républicaine pour le Développement. Membre du Comité Exécutif de son parti, il est aussi dans l’Etat-Major de l’Union pour l’Alternance Démocratique qui réunie toute l’opposition.

Il fut d’ailleurs candidat aux élections législatives de Janvier 2003, dans la liste de l’Opposition de l’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD ).

 

 

Toujours animé par cette volonté d’écrire la vérité sur la politique du régime, il est aussi le Co-Directeur du journal de son parti « Réalité ».

Dire que la répression politique de ce régime explique pour une large part la fuite des compétences nationales est une douce litote. Mais, malheureusement pour ces forces occultes, M. Mahdi n’a jamais été du genre à se laisser intimider par les menaces et à quitter son pays. C’est pourquoi il comparait encore en 2004 au motif qu’il devrait de l’argent à une banque de la place, alors qu’au fond il s’agit d’une affaire éminemment politique.

 

En résumé.

 

Monsieur Mahdi Ibrahim Ahmed God a subi toutes sortes de répressions, de menaces, d’humiliations et de procès iniques.

Le  cas de M. Mahdi Ibrahim A. God  fait partie des plus flagrants et s’est étalé sans discontinuer de 1992 à ce jour, soient douze (12 ) ans de supplices, que les régimes aux méthodes dictatoriales utilisent fréquemment à l’encontre des opposants et contre les forces vives qui revendiquent la liberté dans la Paix , l’égalité et la Justice sociales.

 

Par conséquent :    

 

la  Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) lance un Appel à l’opinion nationale et internationale, ainsi qu’aux Organisations Internationales des Droits de l’Homme, et à Reporter Sans Frontière pour dénoncer ce genre de pratique, contraire aux respects de la dignité humaine ; 

 

la Ligue Djiboutienne des Droits Humains ( LDDH ) exige du Gouvernement Djiboutien et principalement du Chef de l’Etat de procéder à l’indemnisation et à la restitution sans conditions de tous ses matériels et biens personnels, tout en mettant fin à toutes les pressions infligées à M. MAHDI IBRAHIM AHMED GOD, qui est un véritable responsable épris de Justice, de Démocratie et réellement convaincu  de la nécessité urgente à l’instauration d’une véritable volonté politique  pour l’Unité et l’Egalité nationales dans notre pays. Son combat  constant et continu le prouve.

 

Par des motifs de moralité

 

Hommage et Encouragement au vaillant Mahdi Ibrahim Ahmed God.

 

Votre courage et votre ténacité serviront d’exemple à toutes les forces vives et à la jeunesse de la République de Djibouti. 

  

 

Même si la lutte est longue, la victoire pour la Paix dans la Justice Sociale est inéluctable, et l’ère du refus de l’impunité s’ouvre avec beaucoup d’espoir.

 

 

NOEL ABDI Jean-Paul