CONGRES SYNDICAL :

CINQ COLONNES POUR UN CLONE ?

Les téléspectateurs ont pu suivre sur les ondes de la RTD ce qui a été présenté comme le déroulement du second Congrès de la centrale syndicale UDT tenu à l’hôtel Sheraton samedi dernier. On y a appris que près de deux cents délégués issus d’une vingtaine de syndicats de base affiliés ont adopté d’importantes résolutions réaffirmant la nécessité d’un syndicalisme libre, la défense des intérêts des travailleurs ainsi que la sauvegarde des droits sociaux.

 

De même qu’ils ont procédé à l’élection d’un Bureau Exécutif, reconduisant d’anciens dirigeants syndicaux abusivement licenciés par le régime pour fait de grève. Les démocrates sincères ne pouvaient que se féliciter de voir le syndicalisme indépendant enfin retrouver ses droits dans notre pays. C’est mal connaître notre pays.

 

Les conditions cacophoniques qui ont accompagné ce Congrès, avec notamment quelques frictions entre le ministre de l’Intérieur et celui de l’Emploi,  étaient en fait les prémisses d’une remise en cause annoncée. Ainsi, dans son édition du lundi 30 septembre, le journal gouvernemental « La Nation » ne consacre pas une seule ligne à la tenue de ce Congrès dont la RTD avait pourtant assuré une couverture médiatique honnête.

Au lieu de cela, le lecteur a droit à pas moins de cinq textes contestant la légalité de cette réunion syndicale ainsi que la légitimité des dirigeants élus.

Contre toute attente donc, on apprend dans un texte intitulé « UDT : les poursuites judiciaires » dont l’auteur se présente en qualité de Secrétaire Général de l’UDT que des individus « dépourvus d’autorité et de représentativité ont tenté d’organiser la tenue clandestine et illégale d’un soi-disant congrès au Sheraton Hôtel le 28 septembre dernier ». Une clandestinité télévisée, voilà du nouveau !

Il ne nous appartient pas d’apprécier la représentativité de ces dirigeants syndicaux : nous estimons que les travailleurs sont parfaitement conscients de leurs intérêts et suffisamment mûrs pour désigner leurs dirigeants en toute indépendance. Rappelons juste que ce Congrès était approuvé par le ministère de l’Intérieur qui en avait été préalablement informé, et qu’un cordon de policiers dûment mis à la disposition de l’UDT était chargé d’en assurer le bon déroulement.

 

La question que l’on est en droit de se poser est la suivante : comment les pouvoirs publics ont-ils pu laisser se dérouler une réunion illégale au regard des statuts de la centrale syndicale et dont les responsables sont frappés d’illégitimité ?

 

Par contre, il nous incombe de réagir lorsque dans ce qu’il présente comme une mise au point, celui qui se présente comme le Secrétaire Général légitime, parle d’un « soi-disant congrès de l’UDT qui s’est tenu le samedi 28 septembre et organisé par Monsieur Aden Mohamed Abdou et ses amis politiques nationaux ou étrangers (qui) participe de cette stratégie d’un certain milieu politique sectaire et en perte de vitesse qui pratique l’entrisme à outrance et cherche à instrumentaliser la société civile en général et le mouvement syndical en particulier à des fins personnels ou politiques ».

 

Notre journal Réalité ayant été nommément cité au nombre de ces « amis politiques » et comptant très peu sur une hypothétique tribune que nous offrirait « La Nation » pour rectifier ces propos déplacés, les lignes qui suivent doivent donc être lues en tant que réponse à ce qui nous semble constituer un exercice de ventriloquie par lequel le régime parle par la bouche (ou ici sous la plume) d’un personnage se prétendant syndicaliste.

Qui est le véritable auteur-commanditaire de tous ces textes généreusement publiés ? Question légitime lorsque l’on lit sous la plume de quelqu’un se prétendant syndicaliste qu’ « aujourd’hui nous venons d’instituer le multipartisme intégral, ce qui constitue une grand pas sans précédent pour notre jeune démocratie. N’est-il pas plus indiqué pour Monsieur Aden Mohamed Abdou (responsable du FRUD) et ses amis politiques de descendre dans l’arène politique et afficher publiquement leur programme politique – si tant est qu’ils en aient un - et laisser l’opinion nationale apprécier et faire librement son choix le moment échu ».

 

Il ne nous semble pas que la tâche principale d’un véritable syndicaliste soit d’ « instituer le multipartisme », cela relève plutôt du Législatif. Ni de supputer quant à savoir si notre Parti a un programme politique. Le véritable syndicaliste doit uniquement défendre les intérêts des travailleurs : c’est en cette qualité, et non pour son appartenance à notre Parti, que les délégués ont unanimement reconduit Adan Mohamed Abdou dans ses fonctions.

En effet, tout nous donne à penser que la chasse aux sorcières dont il est victime dans la presse gouvernementale est également motivée par ses positions et son engagement de vrai syndicaliste. Les travailleurs djiboutiens savent bien que c’est du fait de son action syndicale, et non une quelconque guérilla urbaine, que le régime a arbitrairement  licencié M. Aden Mohamed Abdou. A l’heure où un nouveau Code du Travail réactionnaire est préparé, le gouvernement n’a certainement pas envie d’avoir pour partenaires sociaux des dirigeants syndicaux défendant réellement les travailleurs.

 

D’autre part, l’action d’un véritable syndicaliste s’inscrit dans un projet de société clairement établi : défendre les travailleurs contre tous les abus politiques et patronaux, surtout lorsque le politique est un patron !

Par exemple, et sans pour autant nous immiscer dans les affaires strictement syndicales, le véritable dirigeant syndical, qui se respecte et qui respecte sa base, doit condamner les atteintes aux droits des travailleurs que constituent la « loi Daach » et autres dispositions spoliant les retraités.

 

A ce titre, nous invitons ce syndicaliste à (se) mobiliser contre toutes ces lois pour cause de dispositions illégales, voire fondamentalement anticonstitutionnelles : il a de fortes chances d’obtenir gain de cause dans un véritable Etat de droit. Mais le problème est que, dans un véritable Etat de droit, de telles lois n’auraient même pas été adoptées.

Les retirer de la circulation, et mettre un terme au mépris dans lequel le régime tient travailleurs et retraités constitue un point de notre programme politique car, quoi qu’en pense ce pseudo-syndicaliste, nous en avons un, solide !

Enfin, la prose de ce « syndicaliste » atteint des sommets lorsqu’il ose écrire : « Nous nous interrogeons fortement pourquoi ces hommes usent et abusent de toutes sortes de subterfuges et stratagèmes stériles et s’évertuent à arriver au pouvoir leur objectif final par la fenêtre ou une porte entrebâillée alors qu’ils peuvent emprunter ce grand boulevard ouvert depuis le 4 septembre dernier dans le cadre de la nouvelle donne politique – multipartisme intégral – et entrer par la grande porte à condition bien sûr que le peuple djiboutien adhère à leurs idées, ce qui est loin d’être le cas pour l’instant ».

Tout étant confus et rien n’étant impossible à Djibouti, voilà aujourd’hui un prétendu syndicaliste s’érigeant en institut de sondage d’opinion ! Même s’il est vrai que nous sommes en période préélectorale, ce Secrétaire Général de syndicat pousse un peu trop loin l’allégeance au régime.

 

En niant lundi à travers les colonnes de « La Nation » ce qu’il a reconnu samedi sur les ondes de la RTD, le régime, par futur clone interposé, n’est-il pas tout simplement en train d’essayer de confisquer de la main gauche ce qu’il a donné de la main droite ? La collaboration honnête, à en croire les syndicalistes, du ministère de l’Intérieur, tranche en tout cas avec l’animosité de son collègue de l’Emploi : deux mains aux actions désordonnées et contradictoires, il y a comme de l’incohérence au sein de ce régime.

 

Mais, en fin de compte, ne serait-ce pas le but de toute cette manœuvre ?

L’exercice d’un syndicalisme libre et indépendant constitue une dimension fondamentale de la démocratie : c’est la preuve la plus évidente qu’il existe effectivement une société civile digne de ce nom, défendant des intérêts particuliers contre les abus du pouvoir politique ou économique. Ainsi, seul un syndicalisme libre peut par exemple protéger les travailleurs contre les licenciements abusifs, monnaie courante dans une pseudo-démocratie comme la notre où le chantage ‘’vote contre travail’’ menace chacune et chacun.

 

L’émancipation du monde syndical représente, après l’Indépendance et le multipartisme intégral, la troisième victoire du Peuple djiboutien ! Il faut la consolider à tout prix.

pendant constitue une dimension fondamentale de la démocratie : c’est la preuve la plus évidente qu’il existe effectivement une société civile digne de ce nom, défendant des intérêts particuliers contre les abus du pouvoir politique ou économique. Ainsi, seul un syndicalisme libre peut par exemple protéger les travailleurs contre les licenciements abusifs, monnaie courante dans une pseudo-démocratie comme la notre où le chantage ‘’vote contre travail’’ menace chacune et chacun.

 

L’émancipation du monde syndical représente, après l’Indépendance et le multipartisme intégral, la troisième victoire du Peuple djiboutien ! Il faut la consolider à tout prix.