Djibouti, le 13 mai 2003

 

                                                               M. Abdoulkader Doualeh Wais

                                         Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation

                                                    Djibouti – République de Djibouti.

 

Monsieur le Ministre,

 

 

Suite à la Note d’Information du 31 avril 2003, et portant sur les évènements

d’Arhiba du 6 avril 03 d’une part, et celui des expulsions massives des Oromos d’autre part, c’est avec une grande attention, que j’ai pris connaissance de votre lettre du 24 avril 2003, portant sur « diffusion de communiqués sans fondement ».

 

Tout d’abord, je prends bonne note  de votre volonté de m’avoir informer de votre position et celui d’avoir exprimé votre indignation  sur la question ou plus exactement sur nos approches à la question cruciale des expulsions massives des étrangers en situations irrégulières.

 

En effet, nous savons et nous sommes conscients des difficultés à différentes strates, difficultés que pose la présence sur notre Territoire d’un grand nombre d’immigrés, difficile « à contenir ».

 

Il existe aussi un nombre réduit de réfugiés, qui résident dans notre pays,

parfois dans la semi-clandestinité et dont notre devoir est de leur donner

asile, car ils ne peuvent plus rentrer chez eux et risquent leur vie pour des raisons purement politiques ou  victimes de discriminations.

 

 

C’est d’ailleurs notre devoir de défendre en tant que Défenseurs des

Droits de l’Homme, de défendre en priorité toutes les citoyennes et tous les citoyens de notre République, de défendre aussi tous nos apatrides sans papiers, et encore, de défendre les étrangères et les étrangers, qui résident sur notre Territoire Nationale, une fois que leurs droits fondamentaux sont bafoués. 

 

Nous n’allons pas nous attarder aux énormes difficultés que cause la

présence « impressionnante » des immigrés des pays voisins, des difficultés

qu’elle cause tant sur le plan de la sécurité et des dangers qui peuvent surgir

avec nos voisins, mais aussi et  surtout, sur le plan économique et social.

 

 

Sur votre lettre du 24 avril 2003  

 

a) – Mesure de police, de nature administrative, et nullement

    juridictionnelle.      

 

Sur ce point, je ne crois pas qu’il s’agisse d’une simple reconduite à la frontière, car si tel était le cas, alors ceci impliquerait que la politique du Gouvernement consiste uniquement à reconduire des étrangers chez eux sans pour autant leur interdire légalement par une Ordonnance d’un Juge de la Cour fixant qu’en cas de récidives des poursuites pénales seront engagées, dissuadant ainsi les expulsés à ne plus  revenir le lendemain même sur le Territoire, sous peines d’emprisonnement ferme.

 

Cette formule de reconduction à la frontière ne me paraît pas exacte, d’autant plus qu’on observe certaines brutalités ; tout en passant sous silence d’autres aspects qui prouvent le contraire de la simple reconduction.

 

b) - Sur les interprétations tendancieuses

 

D’emblée, je conteste vivement et m’élève contre certaines de vos interprétations qui me paraissent largement tendancieuses, en affirmant avec des termes comme : 

 

Extrait lettre du Ministre

 

 «En agissant ainsi, je constate que vous vous acharniez sur les forces de l’ordre qui ne font que leur travail »,

 

 

Je ne vois vraiment pas en quoi, et comment « je m’ acharne » dans la Note d’information, et en relisant cette Note, je ne vois aucun acharnement contre nos Forces de Police.

 

Je pense très sincèrement, que cette Note d’Information a été lue en « diagonale », d’autant plus, que vous ajoutez : 

 

Extrait lettre du Ministre 

 

 « Où est-ce que vous avez vu une chasse à l’homme OROMO ? Est-ce une faute de rapatrier les étrangers en situation irrégulière ? » 

 

 

Extrait Note d’Information

 

« Ces chasses à l’homme Oromo se sont poursuivies, d’une manière sporadique, plus d’une semaine dans différents quartiers de la ville de Djibouti, et une autre question fondamentale se pose, face aux silences de ces personnes fragilisées, de ces populations qui ont peur.

 

Comment savoir le nombre exact de morts, et dans quelle condition les funérailles se sont-elles déroulées ?» 

 

Dans ce cas précis je vous prie de relire le passage ci-dessus de la Note d’Information qui concerne la chasse à l’homme Oromo.

 

Je pense que vous comprendrez très vite, que nos Forces de Police ne sont pas du tout, et loin de là, concernées directement par les affrontements entre des civiles.

 

Comme on peut le constater, la chasse à l’homme a duré plus d’une semaine et s’est étendue hors d’Arhiba, entre des civils djiboutiens et des étrangers.

 

Cette mise au point s’impose, pour mettre fin à toutes les interprétations tendancieuses. 

 

Important

 

Toutefois, je suis très réconforté par cette importante information (ci-après) , qui doit dissipé tous les autres malentendus :

 

Extrait lettre du Ministre

 

 « Seule une victime djiboutienne est à déplorer est les affrontements auxquels vous faites allusion dont le meurtre de ce jeune djiboutien est à l’origine n’a fait heureusement aucune autre victime, je dis bien « aucune autre victime ».

 

 

 

Les interprétations continuent :

 

Extrait lettre du Ministre

 

« Toujours dans votre note d’information, vous porter des accusations graves de sens à l’encontre des forces de l’ordre. Vous les accusez de « laxisme ». Vous ajouter durant presque toutes la matinée les ambulances sillonnaient les artères de la capitale alors que les forces de sécurité ne se sont pas manifestés » 

 

Extrait Note d’Information

 

« Constatant l’absence des recherches, ainsi que, le laxisme des agents de la Sécurité, les proches de la famille du défunt se sont attaqués aux proches du présumé auteur du crime ». 

 

Il est clair, que l’emploi du terme « laxisme » est d’ordre ponctuel, son emploi est tout simplement rattaché à une situation dans le temps (voir ci-dessus, les termes exactes de la Note).

 

Elle ne met pas en cause les très importantes missions de la FNP, elle ne met pas en cause les forces de Police qui effectuent quotidiennement un travail admirable, et que personne ne peut contester.

 

Quant aux ambulances, j’ai été un témoin oculaire.

 

En outre, je tiens à vous préciser que votre intervention sur les ondes de la RTD, n’a été diffusée  qu’une seule  fois et en langue somali, et aucune autre diffusion n’est apparue sur les écrans de la Télévision Djiboutienne.

 

Là aussi, pour ce point précis, on peut constater un laxisme de la RTD.   

 

 

c) - Mieux connaître le Passé et l’Histoire de son Pays, vous permet de mieux

      prévenir et apprécier le Futur et l’Avenir de votre Peuple

 

 

Extrait lettre du Ministre

 

« Je pense que vous n’ignorez pas la devise de notre pays depuis son indépendance est « terre de rencontre et d’échange » et le gouvernement djiboutien n’a jamais failli à ses devoirs de protection à l’égard des personnes de nationalités étrangères se trouvant sur son sol. Inutile de vous rappeler que la République de Djibouti est partie intégrante à toutes les conventions internationales intéressant la protection de l’homme ».

Je ne désire pas faire mes éloges sur mon passé de militant pour l’indépendance de notre pays, ni vous dresser un tableau de toutes mes modestes contributions positives en tant que premier Secrétaire du Bureau de l’Assemblée Nationale à l’aube de notre Indépendance, alors que  notre existence en tant que République devrait s’affermir avec la mise en place des structures de base pour nos Institutions Républicaines, le rôle de notre Assemblée était primordiale, et mon apport  reconnu par beaucoup de personnes, mais en fait bien connu que par certaines personnalités politiques, en particulier le Président Hassan Gouled, le Président Ahmed Dini, et le Président Mohamed Abdallah Kamil, ni m’attarder sur mes modestes contributions en tant que Secrétaire du Bureau de l’Assemblée Nationale, pour la concrétisation des textes juridiques consécutives aux nouvelles Institutions Républicaines.

 

Dans ce cadre, je ne citerais que la Haute Cour de Justice, le Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale et l’Autonomie financière de l’Assemblée Nationale, malgré des lacunes en particulier la non adoption d’un plan Comptable spécifique à l’autonomie financière. 

 

Certes, je connais parfaitement non seulement la  devise de notre pays depuis son indépendance, car je faisais partie de la commission de collecte des propositions pour la devise de notre République, mais comme vous devez le savoir le slogan et non la devise de : « Djibouti, terre de rencontre et d’échange » a été prononcé pour la première fois par feu Idriss  Farah  Abaneh que Dieu garde son Ame en Paix.

 

Feu Idriss Farah Abaneh avait de son vivant œuvrer avec courage et franchise de langage et personnellement j’avais apporté ma collaboration active lors des premiers secours aux  premiers Réfugiés en République de Djibouti, et de la mise en place des premières structures juridiques avec le soutien active du Représentant du HCR à Djibouti et de l’aide précieuse du  Directeur du Département Afrique du HCR  M. Antoine NOEL. ABDI.  

 

Je vous informe, que j’avais été chargé par le Président Gouled et feu Idriss Farah Abaneh d’apporter directement au poste frontière de Dawanleh, les premiers secours en médicaments avant même l’ouverture de la frontière et avant les opérations d’installations des Réfugiés sur notre Territoire.

 

Tout ceci pour vous dire, que les problèmes des Droits des Réfugiés, des Personnes Déplacées, des Immigrés ont pour moi des résonances capitales.

 

Tout ceci pour vous dire, que je n’ai jamais hésité à apporter mes modestes contributions à l’édifice de nos Institutions Républicaines, à l’édifice de nos Institutions pour une Démocratie et un Etat de Droit effectives, tout ceci avec un certain courage, et un abnégation absolue.    

    

                                       Avec mes sentiments déférents et fraternels

                                                    M. NOEL ABDI Jean-Paul

 

                         NOTE D’INFORMATION

                             DU 31 MARS 2003

 

                             Affrontements du 06 mars 2003

 

Chasse à l’homme Oromo… ?

Les immigrés, les réfugiés, les étrangers ont-ils leur place en République de Djibouti, ont-ils droit à une certaine dignité, ont-ils des droits ?

 

La Déclaration universelle des droits de l’Homme exprime la conception commune qu’ont les peuples du monde entier des droits inaliénables inviolables à tous les membres de la famille humaine et constitue une obligation pour tous les membres de la communauté internationale.

 

Article 1

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.

Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

 

Article 3

Tout individu a droit à la vie, à la sûreté de sa personne.

 

Article 6

Chacun a droit à la reconnaissance en tous  lieux de sa personnalité juridique.

 

Article 7

Tous sont égaux devant la loi et en droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

 

Les Pactes des droits civils et politiques,  ceux des droits économiques et sociaux, ainsi que la Convention sur la discrimination raciale et la Constitution Djiboutienne protègent, sans ambiguïté,  « les citoyens » étrangers, d’une manière générale, et en particulier en République de Djibouti.

 

Bref rappel des faits

 

Le 6 mars 2003 des affrontements à déplorer ont eu lieu entre une partie de la population d’Arhiba et des étrangers Oromos, affrontements qui se sont déroulés au nez des Forces de Sécurité, qui n’ont pratiquement pas réagi, se contentant à être discrètes, face à cette chasse à l’homme.

 

La nuit du cinq au six mars dernier, un habitant d’Arhiba  a été assassiné.

Le criminel aurait été identifié par la famille du défunt, cette dernière aurait informé les Forces de la Sécurité.

 

Constatant l’absence des recherches, ainsi que, le laxisme des agents de la Sécurité, les proches de la famille du défunt se sont attaqués aux proches du présumé auteur du crime.

 

Durant presque toute la matinée les ambulances sillonnaient les artères menant à l’hôpital Peltier, alors que les Forces de Sécurité ne sont pas du tout intervenues pendant les premières heures, ne se sont pas du tout manifestées, et l’une des questions fondamentales que l’on continue à se poser et celui de savoir le pourquoi de ce laxisme inéluctablement imposé aux Forces de Sécurité ?

 

Ces chasses à l’homme Oromo se sont poursuivies, d’une manière sporadique, plus d’une semaine dans différents quartiers de la ville de Djibouti, et une autre question fondamentale se pose, face aux silences de ces populations fragilisées, de ces populations qui ont peur.

 

Comment savoir le nombre exact de morts, et dans quelle condition les funérailles se sont-elles déroulées ?

 

Il est vrai que, jusqu’aujourd’hui, les rafles sont quotidiennes. Les expulsions massives d’Oromos, vers la frontière Ethiopienne, sont des expulsions arbitraires et souvent aveugles, car, expulsion sans la moindre Décision judiciaire, sans aucun jugement, expulsion avec pour seule légalité le simple passage dans les geôles du Centre de tri de Nagad ( Ecole de Police).

 

La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) lance un Appel pressant au Gouvernement de la République de Djibouti, plus particulièrement au Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation et au Ministre de la Justice chargé des Droits de l’Homme, pour mettre fin aux violations quotidiennes  des Droits des étrangers résidents sur notre Territoire nationale, et  d’accorder :

 

1°) – une attention particulière à la situation critique des Oromos dans notre pays ;

 

2°) – de procéder aux respects de la légalité lors des expulsions en consultant le HCR, le pays voisin concerné, surtout lors des expulsions massives, qui doivent être ordonnées par un Juge du Tribunal de Djibouti.

 

M. NOEL ABDI Jean-Paul

 

 

 

 

 

 

Réponse du Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation

à la Note d’Information de la

Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH)

du 31 avril 2003

 

 

Réf :   649/MI

Date : 24 avril 2003

AIG/YM

 

 

 

LE MINISTRE DE L’INTERIEUR ET DE LA DECENTRELISATION

 

A

 

MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA LIGUE DJIBOUTIENNE

 

 

 

 

OBJET / Diffusion des communiqués sans fondement

PJ / Les communiqués

 

 

 

Monsieur,

 

 

Faisant suite à votre rapport du 19 mars 2003, je vous ai reçu au cabinet pour évoquer avec vous les activités de la ligue.

 

Deux points ont retenu mon intention il s’agit de la question étrangers se trouvant à Djibouti en situation  irrégulière et les actions de la police

Il semble que vous soutenez sans réserve les étrangers en situation irrégulière qui font l’objet de reconduite à la frontière.

 

Je pense que vous n’êtes pas sans savoir qu’il s’agit d’une mesure de police, de nature administrative, et nullement juridictionnelle. Toutefois, en accord avec les autorités de leur pays d’origine, nous ne manquons pas de reconduire à la frontière les étrangers en situation irrégulière et en respectant leur dignité. Ces reconduites à la frontière sont aussi imprégnés d’humanisme.

 

Il s’avère que vous vous opposiez à ces opérations et que pire encore vous les relatiez de façon erronée. Vos éléments d’appréciations sans fondement sont de nature à discréditer votre « ligue ». En agissant ainsi, je constate que vous vous acharniez sur les forces de l’ordre qui ne font que leur travail.

 

Lors de notre entretien, je vous avez demandé de reconsidérer vos propos et de relater les faits de façon objective et de points soutenir toutes les allégations non vérifiées et non fondées.

 

Malheureusement après cela, il m’a été donné de constater que vous persister sur vos démarches, et vos communiqués continuent de comporter beaucoup d’éléments erronés qui manquent des fondements. Vous intituler votre note d’information en date du 31 mars 2003, « chasse à l’homme OROMO ». Où est-ce que vous avez vu une chasse à l’homme OROMO ? Est-ce une faute de rapatrier les étrangers en situation irrégulière ?

 

Plus de vingt mille (20 000) étrangers, titulaires d’autorisation de séjour ne vivent-ils plus en République de Djibouti ? Ne travaillent-ils pas dans tous les secteurs de la vie économique ?

 

Sans nulle mesure, vos propos sont iniques et je me demande si vous ne desservez pas les causes que vous êtes sensés défendre.

 

Je pense que vous n’ignorez pas la devise de notre pays depuis son indépendance est « terre de rencontre et d’échange » et le gouvernement djiboutien n’a jamais failli à ses devoirs de protection à l’égard des personnes de nationalités étrangères se trouvant sur son sol. Inutile de vous rappeler que la République de Djibouti est partie intégrante à toutes les conventions internationales intéressant la protection de l’homme.

 

Toujours dans votre note d’information, vous porter des accusation graves de sens à l’encontre des forces de l’ordre. Vous les accusez de « laxisme ». Vous ajouter durant presque toutes la matinée les ambulances sillonnaient les artères de la capitale alors que les forces de sécurité ne se sont pas manifestés »

 

« Les chasses à l’homme OROMO se sont poursuivies. Pire encore vous vous posez la question de savoir «  le nombre exact de morts et dans quelles conditions les funérailles se sont-elles déroulées ». Ma première réaction est que vous n’agissiez pas en responsable, je pourrais dire que vous vous leurrez. Tout le monde sait que la première mission que j’ai assignée aux forces de l’ordre est d’abord de prévenir en dissuadant les troubles mais d’établir l’ordre dés qu’il est perturbé, il est inconcevable d’imaginer nos forces de sécurité dans le rôle que vous décrivez.

 

Quant « au nombre exact de mort à Djibouti », il est regrettable de semer des doute ou des préjugés dans l’esprit de la communauté internationale alors qu’en tant que djiboutien vous n’ignoriez pas la vérité ».

 

Seule une victime djiboutienne est à déplorer est les affrontements auxquels vous faites allusion dont le meurtre de ce jeune djiboutien est à l’origine n’a fait heureusement aucune autre victime, je dis bien « aucune autre victime ».

 

En conclusion, j’ose espérer que vous reveniez à la raison si vous souhaitez défendre effectivement les causes nobles que sont les droits humains et j’espère que mes propos vous permettrons d’apprécier à leur juste valeur quant à la gravité de vos accusations.

 

 

 

ABDOULKADER  DOUALEH  WAIS